La montagne du Lure

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La montagne du Lure

Message par theflat le Jeu 22 Sep - 10:10

Bon... salut à toutes et à tous... plus venu ici depuis pas mal de temps... On ne peut pas être de partout, mais nulle part, si !
Vous ne savez que faire un samedi, un dimanche, par très beau temps... alors je tente de vous filer une envie de passer une belle journée... Suis comme ça, j'aime parfois remplir des lignes...
Bonne lecture...


Un dimanche en juin dernier, au p’tit déjeuner, avec ma compagne, Solitude, on bavasse... Dire qu’il va faire chaud aujourd’hui... c’est une boutade... on va crever les poches de graisse, falloir prendre le frais... et la bouteille de rosé... Certes !... certes !... mais où aller ?... voyons la carte... au sud, la mer... là où tous les zozos vont se précipiter tête première dans le centimètre carré vacant... mettre les orteils à l’eau et mourir étouffer du haut... non, merci... reste l’altitude... l’air y est plus rare, plus supportable... et il faut grimper... c’est par-là que j’irai... L’itinéraire est fixé, couché sur papier, glissé pour lecture immédiate dans la sacoche réservoir, à l’emplacement prévu à cet effet... Besoin de rien ? Moi, non... elle non plus... elle a à boire, son meier plein... Direction : plein Est... reconnaissance de la route des Carpates... c’est celle-là que je prendrai... un jour.

Le fiston n’est pas avec moi... il est à la ville, en visite... de musées, d’arts, et autres discussions d’étudiants qui refont le monde... la nuit, quand les aînés dorment... déjà.
Sur la route, dans l’autre sens... vers la mer, y’a du monde... et plus j’avance dans les terres, moins de coquins dans mon coin... Oh... une R1200 RT... elle me double en saluant, matant l’ancêtre (je ne sais toujours pas qui, car je suis plus vieux qu’elle... la différence est bien visible... elle n’a pas une ride !)... un gros truc sur deux roues, équipé de malles arrières, d’un grand pare-brise électrique, de protubérances qui mettent pilote et passager à l’abri de toutes intempéries... vraiment plus le même monde... Guère plus loin, sur le bord de route, elle m’attend... histoire de mieux la voir, la vieille moto de flic... (là, suis sûr, ce n’est pas moi qu’on regarde...) et re-salue, et re-sourire... un monde à part... À ma droite, le Luberon... sa route des crêtes qui aujourd’hui est fermée à la circulation, alors que jeunes, on la faisait en deux pattes, déjà un flat, quoi... Lourmarin dans l’autre vallée, celle de la Durance, où gît Albert Camus... « l’Etranger », « la Peste »... le journal « Combat »... un gars qui écrivait bien, mais perturbé lors de la guerre d’Algérie... Avec Sartre, ils ne sont plus compris... Faut dire que celui-là, il jouait encore à l’étudiant à l’âge de la retraite... avec une chasse qui faisait le tapin et l’autre qui guettait les poulets... jamais pu suivre son regard...
Voilà Apt, capitale du fruit confit... jolie petite ville provinciale... la place ombragée par de majestueux platanes, protecteurs complices des clients paisiblement installés aux terrasses de cafés... des motos garées... donc, des motards pas loin... bref, je continue... vers Forcalquier.
Suis de plus en plus seul sur la route... vraiment pas grand monde... Gertrude ronronne bien... rien à dire... Quelques salutations de temps à autres... mais pas de quoi avoir des rhumatismes... Le paysage change peu à peu... on sent les contreforts proches... Manosque, 10 km... Giono est dans le coin... « Regain », « le Hussard sur le toit », « les deux cavaliers de l’orage »... c’est vrai qu’elle est belle cette Provence là... Faudra me replonger dans son oeuvre...
Forcalquier... je change de route... je dois prendre la direction de Fontienne... petite route sur la carte... et guère plus large en fait... et qui ne cessera de se rétrécir davantage au fil des km... pour n’être qu’un serpent sur le versant à gravir...
À l’ombre des chênes verts, l’asphalte grossier, rugueux, se déroule sous les pneus... 600... 800... 1000 m... ça monte... et le flat continue son rythme de berceuse pour nouveau né... doit bien faire 35 degrés... devrais m’arrêter pour boire un coup... ce serait plus sage... ce fut Saint Etienne les Orgues, ma halte, sous un platane... la terrasse d’un café, sur une place (décor classique dans le pays...) fera parfaitement l’affaire... des motards... quelques uns... peu nombreux... sans intérêt... Sous mes yeux, l’ardoise du jour pour la becquetance : aïoli maison... par cette température, la torpeur est assurée, la sieste obligée... je ne change pas d’intention : une boisson chaude sera suffisante pour éviter aux glandes de se dessécher... et garder mon éveil...
Je poursuis mon escapade... et continue de grimper... 1200... 1300... 1400 m... c’est magnifique... des virolos à n’en plus finir (sur 42 km...)... de temps en temps, par-ci, par-là, un groupe de crapahuteurs,... de gens qui cassent la graine... mais pas grand monde... suis vraiment au calme... au frais... Enfin, le sommet : environ 1700, 1800 m... Un regard d’où je viens : douce pente qui s’étire pour se perdre dans un horizon sans fin... sans cassure dans cette harmonie reposante... L’autre côté : une plongée abrupte... net, sans bavure... le contraste est saisissant... Musique de chambre pour l’un, âme russe de l’autre, tourmentée, hésitante, résignée... ou encore, du Beethov, du Wagner... du brutal... ça vous remue les tripes cette beauté magique, accidentée, agressive... Au loin, des sommets enneigés... quelle vue !... Même la Berthe sur sa béquille latérale (on dirait la boiteuse, avec la sienne, toujours penchée de côté...), en a le souffle coupé... Et ici on respire... quel air !... Deux ou trois motos passent : des GS... on se comprend... J’ai du mal à décoller d’un tel tableau... et ce vide... là, à mes pieds... magnifique !... Et dire que des gens dans leur vie, ne voient que rentabilité... quelle tristesse !
La descente par l’autre versant ne cessera de m’émerveiller... et le frein moteur amplement suffisant pour oublier la pente... Ombre, cagnard, chaleur, fraîcheur... l’alternance instaurée... J’irai ainsi jusqu’à l’axe Sisteron - Vaison la Romaine, que j’emprunterai à 5 bornes de Sisteron, direction le couchant... En voilà une jolie route... et Violette l’apprécie... même ses deux gamelles ne me donnent pas chaud aux pieds... un billard dans un décor enchanté : voilà ce qu’est la Drôme provençale...
Je longe, par le Nord, le massif du Ventoux... et décide d’en faire le tour, le chevaucher par le sommet... Malaucène... sa fumeuse montée, les 8, 9, 10,5% de dénivelée... des cyclistes zigzagant sous l’effort, certains plus que d’autres... la BM parmi eux rappelant, peut être, à quelques uns une étape du Tour des années 60... dix neuf cents mètres... je me pose quelques instants... (là j’avoue, Germaine a apprécié...) pour contempler le mont chauve et les vallées environnantes... dominé ce qui est sous soi... contemplé la Nature, sa beauté... les oiseaux qui glissent sur l’air, tout proche, selon les courants... Il me faudra venir, un matin, très tôt, pour respecter en silence le lever du soleil... cet astre qui chaque jour, nous apporte la Vie !... nous l’offrant sans condition, sans jalousie... comme une mère donne son lait à son enfant, sans condition, sans jalousie... (Telle fut la réponse du duc des Saxons Widukind au moine borné venu lui casser les oreilles dans sa cellule de prisonnier pour tenter de le convertir : « Ma mère m’a donné son lait sans y mettre de conditions ; elle était meilleure que ton Dieu »). Peut être, mes dieux m’inviteront à leur table, festoyer et m’enivrer avec eux... souhaitant mon défi pour mieux me ridiculiser ensuite... Pour l’instant, je ne peux les attendre... je me dois continuer, poursuivre, quitter ces hauteurs divines en empruntant la descente sur Bédoin, et rentrer tranquillement chez moi, sans histoire... comme je suis parti...
350 km de bonheur... voilà la promenade que vous feriez si vous veniez... elle mérite le détour...
Quant à la série deuxième : toujours un plaisir quelque en soit les circonstances... et déjà prête pour la prochaine escapade... Ardèche et Cévennes... pour une simple journée... que je vous narrerai... un jour, après l’avoir faite.



theflat
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