Naissance d'une passion...

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Naissance d'une passion...

Message par theflat le Jeu 22 Sep - 10:16

La passion selon saint flat...

Comment nous est venue la passion pour la motocyclette en général, la BMW série 2 en particulier ?... Voilà une question qui mérite réponse (comme toutes questions, sinon, pourquoi s’interroger ?).
Chacun aura ses mots à dire, ou plus exactement ses lignes à écrire... voici les miennes... (gageons qu’elles seront lues... il y a tellement de gens qui parlent seuls, ou qui parlent pour ne rien dire, ou encore qu’on entend mais que l’on n’écoute pas... et ces autres écrits qui ne sont jamais lus !... Ou alors, peut être que les gens n’ont plus rien à partager, encore moins à transmettre ?...).

Quoique provençal solidement enraciné depuis plusieurs générations, j’ai grandi à Paris, dans le ventre de la capitale : les Halles...
Le jour, l’activité urbaine de toute métropole : commerces divers animés, embouteillage, klaxons plus ou moins stridents, piétons (encore courtois à l’époque), les flics réglant la circulation au milieu des carrefours, la dominant sur leur estrade abritée avec sifflet et autre bâton agité... Pour moi, l’école, les leçons et devoirs, les jardins publics (ceux du Palais Royal, des Tuileries, les squares du Louvre avec les statues de Rodin, où se dressent aujourd’hui les pyramides, la Cour Carrée du Louvre... un environnement majestueux qui imposait chaque jour respect du passé...).
La nuit, un village se construisait... un bourdonnement tout autre s’amplifiait : camions de primeurs du midi, produits des bords de mer, produits fermiers de la France entière, mais surtout profonde... les cris, les engueulades, les forts, les pavillons, les piles de billots, les tas de choux-fleurs, les sacs de patates de 25 kg, les loucherbems et les carcasses de viande sur leur dos, les chariots de tripes, ou les seaux de raisiné encore frais, parfois fumant... quelle ambiance, quelle vie !... les restos, les bistrots en plein émoi... car on mangeait à toutes heures... comme on buvait aussi... le café ou le pousse, le p’tit blanc ou le rosé... ainsi, les affaires s’étiraient jusqu’aux aurores.
Les putes n’étaient pas de reste. Connues de tous, elles continuaient leur boulot, apostrophant le client devant l’hôtel de passes, pauvre touriste égaré dans les ruelles encombrées par tant d’activités. «30 balles, et j’te scalpe le mohican...»... «et moi, j’te souffle dans le poireau pour 25»... «salope !... laisse le moi ce gros minet... Pense à mes rentes...»... «hé, Jeannot, tu m’offres un rince-cochon ?»... «mais ouais, la gosse, viens te rincer le cornet»... «t’es gentil, toi... si tu veux, tu pourras emmener le petit au cirque...» «pas l’temps, Germaine, trop de boulot... après si t’es libre...» Ainsi elles rechargeaient les accus... tout en ayant le radium dans le greffier pour certaines... avant de repartir au racolage. Nombreuses étaient des vioques et si on les mettait dans un cadre XVII°, ça faisait un tableau d’époque... avec leurs roberts en oreilles de cocker et leurs yeux bordés de jambon... Pas toutes avaient la gueule à faire des contre-appels dans les cimetières, mais en croiser une à bloquer les roues de corbillard était fréquent... Tout le monde se connaissait et s’acceptait... les cloches aussi avec leurs poux... et le morceau de lard donné par le viandeux du coin... Même les hirondelles allaient à leur guise, surveillant par routine...
Le matin, tout disparaissait : le quartier était nickel après les passages des arroseuses, des balayeurs... Tout ce petit monde faisait ses comptes avant de se glisser au lit...
Quand les uns pliaient leur monde, d’autres dépliaient leurs journaux : la ronde des BM commençait... Les porteurs pleins de Figaro, Aurore, ou autre France Soir, maniés de mains de maître et avec «précision» par les livreurs coiffés d’une simple casquette ou d’un traditionnel béret, la plupart tête nue, les jambes à l’abri, sous le tablier de cuir, les mains dans les manchons... quelques nez de cochon... et ces flats qui ronronnaient à merveille, fidèles au labeur, attelées ou non... (les solos avaient un grand sac à rabat (vert) posé sur le réservoir pour y mettre les dernières éditions). Toute une époque... vraiment une autre époque... Voilà comment m’est venue le désir d’une moto noire à filets blancs : avoir la tête au vent... mais n’ayant pas l’âge, ma tête restait dans les nuages.
Puis est arrivé cet incident, jour mémorable pour moi. À l’époque, aucune circulation sur les berges de la Seine, les quais étant bien souvent à double sens. Un dimanche matin, rive droite, un peu avant le pont de Bir Hakeim... avec mes parents, en voiture, nous allions «prendre l’air», suivis par deux motards... Sans passagers, les gars étaient vêtus de cuir, avec leur bol sur la tête, et je n’avais d’yeux que pour eux et leurs motos... Quelles étaient belles ! Imaginez : deux Norton Atlas 750cc !!... dans leur livrée grise avec les liserés noirs et le nom magique sur le réservoir : deux Pégases mécaniques !... et quel bruit !... Peu de circulation... bien entendu, les gars nous doublent sans mal... et filent à un rythme sans excès ni surprise : une Norton !... faudrait une Jaguar ou une Ferrari pour les suivre !... Ils sont déjà à une cinquantaine de mètres devant nous, quand une auto fait demi-tour juste à leur hauteur... Le choc est inévitable sur la première moto. Frappé du côté droit, le gars maintient son équilibre et s’arrête peu après, rejoint par son camarade, et les voitures présentes. En appui sur sa jambe gauche, il gueulait comme un boeuf... des cris de douleurs... et cette foutue jambe droite toujours en position sur la moto... et pour cause : le sélecteur de vitesse (à droite sur les anglaises à l’époque) dans le pied ! Il avait tout traversé : botte, chair... profondément ancré dans le membre... Le gars n’était pas tombé !... Les secours sont arrivés... embarqué le blessé après l’avoir dégagé... comment ? je ne sais plus. L’ automobiliste fautif et ses passagers, des italiens paumés à Paris, étaient catastrophés... Voilà comment m’est venue ma passion pour la Norton... une moto d’homme !... Quand j’serai grand...
Quelques temps plus tard, 11 piges, la pension... Tous les 15 jours, nous pouvions rentrer chez nous, et ce, avec joie ! Un prof venait avec une BMW 500... Cette moto, je l’ai vu tous les jours, pendant un an... et pendant un an, j’en ai rêvée... Silencieuse, confortable, propre, jamais en panne... c’était celle que je voulais quand j’aurai l’âge... quand j’serai grand...
Puis, un jour, Montlhéry... courses de voitures et de motos... en alternance... Départ... la poussette... le vacarme... debout sur le repose pied avant d’enjamber la bécane... les voilà partis... et vite, très vite, la blanche et bleue domine totalement la course... Tout de noir vêtu, le casque type aviation aux couleurs de la moto, ce pilote devint mon idole d’un jour. Qui est ce ?... jamais je ne le saurais (peut être Georges Monneret ?). Mais il était vraiment au-dessus... tout en haut du virage... sur sa Norton (ou AJS ?) 500... l’épreuve reine... Bien entendu, il a gagné... (j’ai aussi été envoûté par la Ferrari GTO victorieuse des 1000 km de Paris avec les frères Rodriguez (Pedro et Ricardo) à son volant... en 1963 si j’ai bonne mémoire... Quelle auto !).
Une autre fois, en voiture, nous descendions en Provence, dans la famille. L’autoroute du Sud commençait à se dérouler sans limite... et les radars pas encore installés. Mon père conduisait assez vite à l’époque : l’aiguille oscillait entre 160 et 180... Derrière nous, un motard sur une V7, sans carénage ni tête de fourche... Blanche, aux liserés noirs et rouges, la guzzi marchait du feu de dieu... 200 bornes ensemble... ce jour-là, l’italienne m’a vraiment impressionné et enthousiasmé... j’en étais charmé, au point d’en être conquis... Quand j’serai grand....

La passion s’anime... et m’éternise chez les agents... Bd Sébastopol, vendeur BMW, tout comme Dynamic Sport ou Moto Bastille (Murit est trop loin... ce n’est pas mon quartier) : ah la 69S !!... avec une selle bi-place, un carénage intégral et des bracelets : tout pour se taper les 175 chrono... (on parle d’une nouvelle BM, mais personne ne la voit). Ni l’âge, encore moins les moyens, ne m’autorisent autre chose que rêver... reste Moto Revue... chaque semaine (le samedi ?), en noir et blanc, couverture sur fond rouge... que de motos dans mon garage imaginaire !... La MV ne fut pas délaissée... elle y trônait en place de choix... Quand j’serai grand... bientôt...
Les aventuriers partaient avec des motos de tourisme, équipées de sacoches, porte-bagages renforcé et pneus mieux appropriés pour leur périple... (série 2, série 5, raid Orion...), la diversité des cylindrées leur offrant l’embarras du choix... une autre époque !...
Premier périple : Paris - la Provence... hé oui... déjà... en Honda C50, avec mon frère, mon aîné... Il fallait le permis, je ne l’avais pas... n’empêche que j’ai donné un coup de pogne au frangin, pour qu’il ne soit pas seul à conduire... 24 heures à deux, avec armes et bagages... et le petit moulin a fait l’aller... et le retour... 1500 km... Autant dire c’était du solide...
Enfin ma première moto : une Norton Commando Fast Back 850cc MK1, sélecteur de vitesse à droite, tout comme le kick que mes 55 kg ne faisaient pas bouger d’un pouce !... Si les réglages d’une anglaise demande du doigté, sa mise en marche réclame du mollet... Heureusement, l’armée m’avait offert ce coup de jarret nécessaire pour écouter la mélodie caverneuse du vertical twin... mais pas souvent du premier coup. Ne l’ayant pas payée cher, l’état ne pouvait pas être parfait... Disons qu’elle devait être fatiguée, et méritait une remise en forme, ce qui, faute de menue monnaie, ne put être fait... Après quelques milliers de km, elle décidait de choir à Ussel, son joint de culasse ayant préféré expirer... Les volcans étaient vraiment éteints... la Norton aussi. Là déjà, j’ai dû pousser en Auvergne, et malgré cela, j’en garde un bon souvenir... à tel point que je n’ai pu m’empêcher de recommencer beaucoup plus tard... alors que je n’avais plus l’âge...
Puis vint le Guzzi 850GT, solo-side, avec nez de cochon et pneus carrés. Un bon tracteur, mais lourd, très lourd à l’arrêt... et les vibrations qui exigeaient une récupération de boulons et autres qui se faisaient la malle... Certes, c’était sympa, surtout le sélecteur double branches, mais peu pour moi... mon gabarit latin ne lui convenait pas... une transalpine qui préférait les statures germaniques ou norvégiennes... chacun ses goûts... Pourtant, moi, je ne repoussais pas les jolies italiennes...
Elle fut suivie par sa dauphine, une maîtresse : la «Le Mans» 850... tenue de route, freinage, couple, puissance... tout y était sur cette moto... sauf le confort... mais quand on est jeune, on peut dormir n’importe où... Avec elle, je suis allé à la frontière des deux Allemagne, dans le Nord... voir de loin (impossible de près), l’occupant soviétique, la large bande dénudée entre deux rangées de barbelés, surplombée en quelques endroits par les postes d’observation ou de surveillance... et sur l’asphalte teuton, la «Le Mans» était reine à mes yeux... Des milliers de km à ses bracelets, jamais elle ne m’a déçu... fatigué, éreinté ? oui... Je n’en pouvais plus...
Les années passent... l’aurore s’éloigne doucement... le couchant montre ses premières lueurs : rides, cheveux blancs... mais la passion toujours présente : l’ère BMW arrive... j’en ai l’âge.
Une R100R sera mon apprentissage et mon accoutumance... et au fil du temps, au fil des km, j’aurai beaucoup d’affection pour elle et de respect... jamais d’amour fou... mais du raisonnable... Grâce à elle, j’ai oublié la moto pour savourer l’aventure, la liberté, l’inconnu, la découverte de petites routes désertes, de paysages magnifiques au lever du jour (les Cévennes par exemple, les Vosges, l’Auvergne, la Bretagne...), de contrées sauvages sans se soucier de son bon fonctionnement... une union de raison en quelque sorte... Une merveilleuse moto pour celui qui veut simplement partir, sans soucis de mécanique par incompétence dans ce domaine. J’ai sillonné la France au rythme de son moulin (sauf le Nord)... en revenant toujours à bon port... Pare-brise, manchons, tablier, sacoches alu, ainsi équipée, elle vous emmène loin... et par tout temps.
Ma dernière : l’une de nos chères séries 2... Qu’en dire ? Rien (car ce n’est pas à vous que je donnerai l’envi de la chevaucher vers les horizons lointains)... oui, rien à dire... sinon que mon rêve s’est encore une fois réalisé...

En guise de conclusion : seuls des passionnés peuvent se comprendre. Ils atteignent le même but par des chemins parfois fort différents... et heureux l’homme qui peut s’évader avec sa monture sur laquelle il se sent bien... pour simplement vivre sa passion !...

Un autre aspect dont personne ne parle : le monde de la moto a été totalement dominé par les anciennes puissances de l’axe : Japon, Italie, Allemagne... certainement la volonté d’exprimer un esprit différent. Quant aux Anglais, leurs productions de motocyclettes aux marques multiples (Triumph, Bsa, Vélocette, Norton, AJS, Matchless pour les plus connues) : disparues... Qui l’eut cru ?

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