Un retour, un jour...

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Un retour, un jour...

Message par theflat le Jeu 22 Sep - 10:24

Alors que certains se congratulaient en Anjou, que d’autres oeuvraient de leurs doigts de fée pour obtenir l’étincelle salvatrice de bien des méfaits, certains, à l’esprit réducteur, ne faisaient qu’une unique chose : rouler... Tel fût mon cas, par obligation, pour rentrer chez moi.
La capitale - la Provence : environ 700 km en moto BMVé série deux... non stop... (je précise que la série deux est aussi une moto car, il m’a été répondu par des concessionnaires parisiens de la marque, qu’ils ne faisaient pas les autos... ou encore, qu’ils n’avaient pas le filtre à huile pour ce modèle... Gênant pour une société qui veut marquer l’histoire en perdant la mémoire...).
Me voilà donc prêt pour le retour. D’abord, sortir de Paris : circulation en tous sens, scarabées motorisés (les scooters) chevauchés par des zombies dont le port du casque limite réflexion et vision, piétons et autres cyclistes se considérant seuls au monde, ayant la loi pour eux mais par forcément leur destin, feux tricolores ornant les nombreux carrefours comme des lampions de fêtes d’autrefois, alternant leurs couleurs au rythme endiablé que mes freins ne peuvent suivre... et ces odeurs nauséabondes, bref, m’extraire le plus rapidement possible de ce monde infernal, emprunter cet autre univers tout aussi monstrueux qu’est l’autoroute pour atteindre nos routes, nationales ou départementales, si chères à nos motos (une pensée à J.TATI, son film «Mon oncle» et le vélosolex...). Batailler du regard, des doigts, des pieds, durant une heure avant de se détendre, respirer les premiers arômes champêtres, et savourer enfin un peu de calme et une (relative) tranquillité, et écouter les poum...poum...poum... réguliers comme une berceuse à deux roues.
Pour ce périple fait régulièrement depuis l’année dernière, trois itinéraires s’offrent à moi : la N.6, sillonner le Morvan, route excellente et beaux paysages, mais chargée en camions (conséquence de péages excessifs et de tarifs transports toujours trop élevés aux yeux des clients), et la traversée de Lyon qui n’a rien à envier à Paris pour nos machines. La N.7, austère, peu accueillante, peu de charmes pour cette dame qui prend de l’âge, ses trop nombreuses portions à quatre voies et la tristesse de Saint Etienne y font beaucoup. Passer par Vichy pour rejoindre Le Puy en Velay ? je connais... Ou alors la campagne, le tracé pittoresque, guère plus long, celui que je choisis : Paris - Milly la Forêt - Bellegarde - Sully sur Loire - Bourges - Montluçon - Clermont Ferrand - le Puy - Aubenas - la rive droite du Rhône... et pour principe : « Qui veut aller loin, ménage sa monture ». Vitesse de croisière : 80 / 85 km/h compteur, parfois 90, voire 100 quand la route l’autorise. Pas d’autoroute, pas de grandes agglomérations. Parti avec soleil et chaleur, la moto, peu chargée, ronronne à son aise, comme un chat au coin du feu. Les kilomètres défilent... les idées aussi. Halte à l’abbaye de Noirlac : petite restauration légère, et repos pour la belle. Une heure après, tout est rentré dans l’ordre : je roule. Perte de puissance, ratatouille assurée, il est temps de mettre la réserve. Calcul rapide du ciboulot : environ 4 litres restants, soit 70 / 80 bornes... le plein à Riom, voire Clermont, c’est tout bon... L’Auvergne s’annonce... les premiers contreforts... les dénivelées s’accentuent... les descentes plus marquées... et re-ratatouille, re-perte de puissance... choucroute ferme la donzelle... Cette fois, c’est pas bon, mais alors, pas bon du tout... rase campagne... Un poste d’essence ? voilou !... Rien, queue dalle... Pas l’ombre d’une pompe !... des près, des vaches, des veaux... des corbeaux... ça oui... mais du benzine ?... pas une goutte... (à une époque, une personnalité, dont l’Histoire n’a daigné garder ni son nom, ni son renom..., avait déclaré qu’en France, nous n’avions pas de pétrole, mais des idées !... On comprend pourquoi l’illustre personnage fut oublié...) Et si le moteur s’arrête faute d’aliments, la pente aussi... La poussette, il n’y a que ça de vrai pour avancer quand la moto ne le fait plus d’elle-même... J’arrive dans un bled, un patelin... un homme (un coureur à pieds) vient à mon encontre : « le prochain poste ? Riom, 7 km... mais la nationale est dangereuse ici... Je vais chercher ma voiture et nous irons pour l’essence. Nous mettrons votre moto chez ma mère qui habite à 50 m. Elle sera à l’abri ». Un gars très sympa, charmant, comme on en trouve dans ces pays... des authentiques, débordant de gentillesse, de simplicité, pas des siphonnés du carafon ou autres bobos coincés des cervicales dans le vernissage idéologique, au look ravageur de baroudeurs de grandes surfaces pour les écervelé(e)s... et dont les seules références intellectuelles sont les émissions de télé... le foot et le fric, sans oublier DSK.
La moto s’est reposée pendant 1h1/2 ou 2 heures, la garce !... Va être en forme, elle, alors que moi, bras écartés pour mieux pousser, et les cylindres parfois dans les tibias, suis éreinté (les grands de taille n’ont pas les mêmes inconvénients, ils en ont d’autres... tout comme des avantages...). La vache : me suis planté dans mes calculs... Me manquait dix bornes !... Avec trois litres dans le gosier, la belle, au premier coup de kick, me charme d’un clin d’oeil, me sourit et m’offre selle et poignées pour l’enjamber... Comment lui résister ?... Avec elle, je veux aller loin. Direction, Riom, pour faire le plein... et le vide de mes interrogations. Et comme les événements se suivent, la nuit succède au jour... et la nuit en série 2, ce ne sera jamais le jour. Entre veilleuse et code, la différence n’est pas probante (à part la position du clou !)... et entre code et phare, la nuance n’est pas sensible... Enfin, je me console : au loin, le ciel s’illumine ponctuellement... strié par de belles lumières brèves mais puissantes... Certes, j’y verrai bien, comme en plein jour !...
Clermont Ferrand passé et délaissé sans regret, me voilà sur la route du Puy en Velay, en passant par Brioude... Philippe connaît bien ce coin... Luc aussi. Beau tracé pour nos BM, mais de nuit ??!!!...
Quelques souvenirs me reviennent : notre premier rassemblement... notre première rencontre... des visages sur des noms... nos motos... et que d’eau au retour... oui, oui... c’était dans le coin, de l’autre côté de l’axe Clermont - Montpellier... trois ans déjà... et le quatrième qui s’accomplit.
La moto fait de plus en plus de bruit, un échappement libre ?... et le faisceau de mon phare de plus en plus puissant : je vois sur plusieurs km en quelques dixièmes de seconde... vraiment la série 2 me surprend... Moi qui croyais qu’elle était silencieuse et mal éclairante... Je réalise trop tard mon erreur de jugement : la grêle, avec une pluie violente... en quelques minutes, je suis trempé... Le cuir est lourd sur les épaules, aux jambes..., la route, je la devine, mais pas la buée... Trouver un abris... voilà ma quête... Quelques kilomètres, un auvent de station service d’une quelconque supérette fera l’affaire... et j’attendrai l’accalmie, seul, dans la nuit, à la lumière d’un néon, en compagnie d’un crapaud, qui lui, semblait à son aise ! Heureux qu’il était, le bougre !!...
Il est environ 1 h du matin, et il bruine... je repars. Sur un panneau, je lis 11°... 1100 m d’altitude et entièrement mouillé... En d’autres termes, il ne fait pas chaud, pour ne pas dire, je me gèle. Je continue, et m’enfonce dans le brouillard de plus en plus épais. Si l’éclairage de la série 2, en 6 volts, ce n’est pas génial... dans la purée de pois, c’est pire : nul, inexistant... le trou noir ! Même une bougie pourrait faire anti-brouillard ou... longue portée ! Je suis les pointillés au sol, à 40 / 50 km/h... sans rencontrer de véhicules (3 seulement entre le Puy et Aubenas !!)... et toujours des éclairs, le tonnerre... manquerait plus que la foudre sur la tronche !... ça claque, ça pète, ça éblouit au-dessus du casque... Le spectacle est magnifique, grandiose, impressionnant... Les dieux se joueraient-ils de moi ?... Ils s’amusent et moi je m’enivre de cette nature à laquelle j’appartiens, pensant qu’en voiture, les sensations ne sont pas les mêmes... plus agréables pendant, mais sans souvenir après. Vrai que nos machines ne freinent plus, ni n’éclairent nos routes dans de telles circonstances, vrai qu’elles peuvent s’avérer délicates en stabilité avec chaussée trempée, inondée, et vent bien présent... mais quelle fidélité dans la rudesse des intempéries... La descente sur Aubenas (celle de la Mayre) se fera à petite allure : froid, brouillard, pluie fine continue, m’imposent une cadence lente... les animaux sauvages et la fatigue aussi. Je roulerai jusqu’en Avignon, épargné des intempéries environnantes. La nuit s’étire, cédant place aux premières clartés. La circulation s’anime... un peu. Et moi, comme le veilleur de nuit, je termine ma ronde, mais ne dis plus : « Dormez braves gens, dormez... il est telle heure et je veille... ». Dix km encore : suis bientôt arrivé... enfin !... Encore une fois, les dieux viennent à moi... un déluge comme la Provence en a quelquefois... Je sens l’eau ruisseler sur ma peau... comme en plongée, à l’intérieur des combinaisons. Qu’importe : je finis mon périple... point d’arrêt pour si peu, de distance mais pas d’eau !... Je vois très bien la route : normal, je la connais et il fait jour !...
Parti vers 12 h 30 le vendredi, j’arrive à bon port le lendemain aux alentours de 6 h / 6 h 30... fatigué... mais heureux !... en ayant fait un pied de nez au monde formaté, uniformisé, universaliste, homogène et totalement soumis au devoir de précaution et de l’assurance, ne laissant aucune part au libre choix de son destin ni à l’aventure. Mes dieux y ont bien contribué, ayant tourné le dos à ceux qui les ont délaissés.
Dans un mois, je remonte encore... et pense inaugurer un nouvel itinéraire : par les Alpes, le Jura... histoire de découvrir... et aussi entretenir sa résistance pour s’aventurer, un jour, vers des rivages lointains.
Reste Garmisch Partenkirschen début juillet (chaque année)... ça vaudrait le coup d’y aller en groupe organisé, à partir d’un point de ralliement dans le Jura, ou en Alsace, ou les Vosges... saluer nos frères teutons, la maison mère avec nos belles teutonnes... et savourer une belle bavaroise blonde... Oui, faudra y penser... en tout cas, moi j’y pense !








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